Mercredi 2 décembre 2009
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12:45
Tom baisse ses lunettes de soleil sur son nez. Il transpire tellement qu'il est mal à l'aise dans ses vêtements. Il jette un oeil sur sa partenaire : elle n’a pas l’air
de souffrir de la chaleur. Il passe sa langue sur ses lèvres.
- On y va ? C’est ce hangar.
Elle montre du doigt un vieux bâtiment coincé entre un garage et une usine désaffectée.
- Ouais.
Ils sortent de la décapotable et traversent la rue. Tom s’arrête et inspecte la façade, la tête en arrière.
- Drôle d’endroit pour une gosse de riches.
- Tu oublies que c’est une artiste.
- Si c’est dans le genre : récupération de ferrailles, ça promet. Je peux pas blairer ces snobs qui prennent leur pied devant trois enjoliveurs et une chaîne de vélo.
Il fait la moue.Val répond, un soupçon de mépris dans la voix :
- Elle ne sculpte pas. Elle peint. Et bien, d’après ce que je sais.
- Oh.
Ils sont arrivés devant l’entrée. Ils frappent. Presque immédiatement une jeune fille entrouvre la porte.
Par elbot
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Mercredi 2 décembre 2009
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12:44
- Mmm. Qui êtes-vous ?
- Police. Vous êtes Vic ?
La jeune fille ne répond pas. Ils n’aperçoivent d’elle qu’une partie de son visage et ses yeux, bleus. Val les présente.
- Inspecteur Val K. Voici l’inspecteur Tom H.
Ils montrent leurs insignes.
- Puis-je les emprunter un moment ?
Tom regarde Val : c’est la première fois qu’on leur demande ça.
- C’est juste pour une vérification. Si vous voulez, je n’en prends qu’une.
- D’accord.
Val lui donne la sienne.
- Merci. Je n’en ai pas pour longtemps.
Elle recule et ferme la porte. Ils restent là, à attendre. Tom s’impatiente.
- Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
- Elle prend ses précautions. N’oublie pas qui elle est.
- Qui c’est?
- La fille du premier adjoint du préfet de police.
- Oh.
- Elle se méfie, c’est tout. Elle bénéficie d’une protection rapprochée : ils sont en train de vérifier la validité de ma carte, pour être sûr que nous sommes bien des flics. Ne t’excite
pas.
- Et comment tu sais ça, toi ?
Val ne répond pas tout de suite. Elle se tourne vers lui.
- A ton avis ?
- C’est vrai ! J’avais oublié que tu as des relations chez les gorilles...
Le sourire vient naturellement aux lèvres de Val. C’est quand même grâce à ses relations qu’ils ont eu le tuyau.
Par elbot
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Mercredi 2 décembre 2009
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12:43
Des pas se font entendre. La porte s’ouvre, en grand cette fois. La jeune fille se montre en entier : Jeans, T-shirt clair, une vingtaine d’années, taille moyenne, cheveux noirs, type
méditerranéen malgré les yeux bleus.
- C’est bon. Entrez.
Ils pénètrent alors dans un couloir éclairé par le haut plafond vitré, avec une seule porte, sur la gauche, fermée, la chambre sans doute. Ils la suivent jusqu’à une salle assez grande, aux murs
blancs, divisée en deux : à gauche le coin salon, à droite le coin cuisine. Au fond, une porte vitrée, fermée. La jeune fille leur montre, sans se retourner, un canapé recouvert d’un drap bleu
pâle :
- Asseyez-vous, je vous en prie.
- Merci.
Val et Tom s’assoient tandis qu’elle s’installe en face d’eux, en tailleur, dans un fauteuil. Vic tend le bras vers Val.
- Voici votre insigne.
- Merci.
- Vous faites ça à chaque visiteur : lui demander ses papiers ? Vos amis doivent beaucoup aimer.
C’est Tom qui parle, affalé dans le fond du canapé.
- Non. Seulement aux gens que je ne connais pas ou qui ne m’ont pas avertie de leur venue.
Personne ne dit rien. Tom passe un doigt dans son col de chemise. Les traits de la jeune fille ne bougent pas, gardant le même air, inexpressif, qu’elle affiche depuis qu’ils sont entrés.
Toutefois, elle leur demande d’un ton poli :
- Voulez-vous boire quelque chose ?
- Un jus d’orange, s’il vous plait.
- Vous avez de la bière ?
- Oui, mais j’ai cru comprendre que vous étiez en service, non ?
Tom lance un regard à Val, exaspéré.
- Sans alcool, bien sûr.
- Je n’en ai pas.
- Un jus d’orange, alors.
- Ok.
Par elbot
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Mercredi 2 décembre 2009
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12:42
Elle se lève d’un geste souple, elle va jusqu’au frigo, posant à peine ses pieds nus sur le sol. Elle revient avec des canettes, les pose sur la table. Tom
en prend une pendant qu’elle s’agenouille devant un petit meuble et en sort trois verres. Tom a déjà bu une gorgée de son jus d’orange. Elle se lève, arrête son geste en voyant Tom boire et finit
par poser les verres sur la table basse. Pas un mot n’a été échangé. Val sort une photo de son sac et la montre à Vic qui la prend et la regarde tout en s’asseyant, le front plissé.
- Vous connaissez cette femme ?
- Oui. C’est Carrie F. Je lui ai fait un tatouage dorsal, il y a quelques jours … Alors c’est elle la victime…
Elle les regarde puis fixe à nouveau la photo. Ce n’était pas une question. Tom relève la tête, se penche en avant.
- Qu’est-ce qui vous fait penser ça ?
Vic soutient son regard. Lentement progressivement, elle se met à sourire. Elle est tout d’un coup très jeune et très belle.
-Vous êtes de la Criminelle et puis ... il est trop tôt pour la vente des billets du bal de la Police.
Val renvoie son sourire à Vic. Tom ne dit rien.
- Vous faites souvent des tatouages? Je croyais que vous étiez peintre …
Vic penche la tête, le regard dans le vague.
- Mmm. En réalité, c’était exceptionnel. J’ai arrêté les tatouages depuis quelques années.
Quelques années ! Elle dit ça comme si elle avait vécu 1000 ans. Son visage s’éclaire à nouveau.
- Il faut dire que c’était tentant : Carrie avait une peau très douce, un grain ... comme de la soie, et une teinte ! laiteuse, pâle. En plus, elle a été très convaincante.
- C’est-à-dire ?
- Elle voulait un tatouage. Elle avait un besoin urgent de fric et elle pensait prendre un viager. (Vic a une moue appréciative) Je peux vous dire qu’elle avait tout prévu.
- Un viager ?
Par elbot
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Mercredi 2 décembre 2009
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12:41
Se tournant vers Tom, qui a posé la question, Vic s’adresse à lui avec une voix douce, sans mépris, et lui explique :
- C’est une procédure courante qui consiste à vendre son tatouage sous forme de rente à vie, de sorte que l’acheteur est sûr de récupérer son bien à la mort du vendeur. A la charge de ce dernier
de se nourrir et de vivre correctement pour ne pas abîmer la marchandise. Il existe des techniques efficaces pour prélever le tatouage sur un corps mort.
- Bon Dieu !
- Vous avez dit un tatouage dorsal ?
- Oui.
- Que représentait-il ?
Vic les regarde l’un après l’autre, le visage interrogateur.
- Carrie elle-même, en position fœtale ... Cela veut dire que ... que Carrie n’avait plus de tatouage ?
Devant le signe affirmatif de Val, l’horreur prend peu à peu possession du visage de Vic comme un papier que l’on froisse, sa face se
recouvre de rides, elle se replie sur elle-même, ramène ses genoux sous son menton, s’enfonce dans son fauteuil. Et il ne reste que ses yeux de visible. Val explique :
- On a retrouvé le corps de Carrie, la peau du dos entièrement découpée, très proprement, avec un scalpel. Un travail de professionnel. Il ne restait que votre nom sur son bras.
- Mon Dieu.
Elle ferme les yeux. Elle a perdu son air détaché et elle redevient elle-même : une gamine.
-D’après ce que vous avez dit, il est fort possible que l’acheteur n’ait pas eu la patience d’attendre que Carrie meurt naturellement, surtout qu’elle était jeune.
Tom a utilisé sa voix la plus douce pour lui parler. Ils ne jouent plus.
Par elbot
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